Parler de ses règles en 2026 : pourquoi est-ce encore dérangeant ?

Regard de femme et de thérapeute sur le cycle féminin, la performance et la sexualité

Un article est récemment sorti : une patineuse artistique aux Jeux Olympiques expliquait que la compétition avait été particulièrement difficile… et qu’elle était en pleine période de règles. Elle ne demandait pas un traitement de faveur. Elle ne revendiquait rien. Elle posait un constat simple :

Être en compétition de haut niveau est exigeant. Et quand cela coïncide avec les règles, c’est parfois plus compliqué. Physiquement. Émotionnellement. Hormonalement. 

Un constat humain. Et pourtant, les réactions ont été violentes. “Il existe la pilule.”  “Faut arrêter de se plaindre.”  “Elles veulent l’égalité mais parlent de ça.” Et là, la question n’est plus sportive. Elle devient sociétale.

Mon regard de femme : pourquoi cela devrait être banal

La première chose que je me suis dite en lisant cet article, c’est : Mais en fait… dans quel monde on vit ? Nous sommes environ 50 % de la population à avoir nos règles. Pendant environ 40 ans de notre vie. 

Et en 2026, parler de son cycle semble encore être un acte militant. Comme si dire : “Cette période est plus difficile pour moi” était un aveu de faiblesse.

Le cycle féminin fait partie du corps. Il n’est ni honteux, ni exceptionnel. Il est biologique. Pourquoi faudrait-il encore lever un tabou ?

Face aux commentaires : l’incompréhension

Puis j’ai lu les réactions. Et là, une vraie incompréhension. Parce que répondre “il existe la pilule”, c’est réduire un sujet complexe à un bouton “off”.

La contraception hormonale est un médicament. Son objectif premier est contraceptif.  Elle modifie l’équilibre hormonal. Certaines femmes la tolèrent bien. D’autres vivent :

On ne peut pas balayer tout cela d’un revers de main. Dire “elle n’a qu’à prendre la pilule”, c’est nier les conséquences possibles d’un contraceptif hormonal sur une femme. C’est nier que le cycle, qu’il soit naturel ou modifié, influence profondément la manière dont on se sent.

Le cycle, ce n’est pas seulement quelques jours de règles

On réduit souvent le cycle menstruel aux saignements. Mais en réalité, il influence tout le mois. Il impacte :

Les cycles et leurs perturbations changent beaucoup de choses chez une femme. Sous contraception hormonale ou non, le corps peut réagir différemment. Le désir peut varier. La fatigue peut être plus marquée. La sensibilité peut s’intensifier. Et ce n’est pas anecdotique. Cela touche la vie quotidienne. La vie professionnelle. La vie familiale. La vie de couple. La sexualité.

Performance sportive… et performance invisible

On parle ici d’une sportive de haut niveau. Mais au-delà de la performance olympique, il existe une autre performance, plus silencieuse. Celle de la femme qui doit :

Tous les jours du mois. Comme si son corps devait être constant. Linéaire. Toujours performant. Nier les variations du cycle, c’est demander aux femmes d’être stables en permanence. Et quand ce n’est pas le cas, la culpabilité apparaît. Si le corps n’est pas reconnu comme variable, alors chaque baisse d’énergie devient un échec. Chaque baisse de désir devient un problème. Chaque fatigue devient une faiblesse. C’est profondément culpabilisant.

Mon regard de thérapeute : qu’est-ce qui se joue derrière ces réactions ?

Quand je lis certains commentaires, je me pose une autre question : Qu’est-ce qui est arrivé à ces personnes pour qu’elles réagissent ainsi ?

Psychologiquement, ces réactions révèlent plusieurs mécanismes. 

D’abord, l’inconfort face à la vulnérabilité. Notre société valorise la performance constante et la maîtrise. Admettre qu’un corps change au fil du mois vient fissurer cette illusion de contrôle permanent. 

Ensuite, la projection. Certaines femmes ont grandi avec l’idée qu’il fallait “tenir”, ne pas se plaindre, continuer quoi qu’il arrive. Voir une autre femme nommer une difficulté peut réactiver ce conditionnement.

Enfin, il y a le rapport collectif au corps féminin. Un corps acceptable est un corps maîtrisé. Un corps réel, vivant, changeant… met mal à l’aise.

Alors on minimise. On ironise. On attaque. Parce que c’est plus simple que d’admettre que le corps humain n’est pas identique chaque jour.

En consultation : apprendre à écouter plutôt qu’à nier

En sexothérapie et en accompagnement psychocorporel à Héricourt, je vois combien le cycle influence :

Beaucoup de femmes pensent avoir un “problème”. Alors qu’elles vivent simplement des variations normales.

On leur a appris à compenser. À masquer. À continuer. Mais rarement à écouter.

Écouter son corps ne signifie pas s’excuser. Cela signifie ajuster. Adapter son rythme. Comprendre ses phases. Sortir de l’injonction à être constante. 

Mon rôle de thérapeute n’est pas de supprimer le cycle. Il est d’aider à le comprendre. Parce que plus on nie ces variations, plus elles deviennent source de tension dans le couple, dans la sexualité, dans l’estime de soi.

Arrêter de demander aux femmes d’être linéaires

En 2026, parler de ses règles ne devrait pas être un acte courageux. Le véritable courage est peut-être ailleurs : Dire que le corps change. Et que cela a un impact.

On ne peut pas demander à une femme :

Sans reconnaître que son corps traverse des phases.

Le cycle féminin n’est pas un bug à corriger. C’est un rythme à comprendre.

Et peut-être que le vrai progrès ne consiste pas à faire taire le corps. Mais à apprendre enfin à l’écouter.