Faut-il toujours garder des liens familiaux quand ils font souffrir ?
On entend souvent que la famille est sacrée. Qu’il faudrait préserver les liens familiaux à tout prix. Pardonner, comprendre, maintenir le contact, même lorsque cela fait mal. Pourtant, certaines relations familiales ne protègent pas. Elles exposent. Elles abîment. Elles empêchent de se construire.
Non, un lien familial n’est pas toujours un espace sécurisant.
Et oui, il est parfois nécessaire de s’en éloigner pour se préserver.
Violences familiales : quand l’enfance n’a pas été protégée
Les violences familiales prennent des formes multiples : violences physiques, sexuelles, psychologiques, climat de peur, alcoolisme, violences conjugales, absence de protection émotionnelle. Dans certaines familles, le danger est connu ou pressenti. Un adulte instable.
Un adulte violent. Un climat insécurisant. Même lorsque personne ne connaît précisément ce qui se passe, le risque existe. Et lorsqu’un enfant est laissé seul avec ce danger, quelque chose se brise. Pour survivre, l’enfant peut dissocier, oublier, mettre à distance. L’amnésie traumatique n’est pas un oubli volontaire. C’est un mécanisme de protection.
Amnésie traumatique et reconstruction
Chez beaucoup de personnes, les souvenirs réapparaissent plus tard, à l’âge adulte, souvent dans un cadre thérapeutique adapté. Ce travail est long, exigeant, parfois douloureux. Guérir ne signifie pas seulement se souvenir. Guérir, c’est aussi reconnaître ce qui a manqué : la sécurité, la protection, la présence d’adultes fiables. Et à un moment donné, une évidence peut émerger : on ne peut pas continuer à se construire en restant attaché·e à des liens qui ont été dangereux ou invalidants.
Poser des limites, parfois couper
Couper ou distancier un lien familial n’est pas nécessairement un acte de colère. Ce n’est pas forcément un rejet. C’est parfois une décision calme, lucide, mûrie : celle de ne plus s’encombrer de relations qui ont coûté trop cher. Certaines personnes peuvent suivre ce nouveau chemin. D’autres non. Et dans ce cas, les laisser poursuivre leur route sans soi est un acte de maturité émotionnelle. Comprendre le vécu des autres n’oblige pas à rester. Reconnaître qu’un parent a souffert n’efface pas l’absence de protection. On peut comprendre et choisir de partir.
Changer de nom, changer de prénom : se réapproprier son identité
Pour certaines personnes, la reconstruction passe aussi par l’identité. Ne plus porter le nom d’un agresseur. Ne plus porter un prénom qui ne correspond plus à la personne que l’on est devenue. Changer de nom ou de prénom n’est pas un caprice. C’est parfois une étape essentielle pour se réapproprier son histoire et son corps. Se renommer, c’est marquer une frontière claire entre le passé et le présent. C’est affirmer sa souveraineté.
Rompre un lien n’est pas un acte de haine, mais un acte de reconnaissance de soi
Choisir de rompre un lien familial et de ne plus s’y attarder n’est pas un acte de haine. Ce n’est pas une vengeance. Ce n’est pas un rejet.
C’est un acte de reconnaissance de soi. Reconnaître ce que l’on a vécu. Reconnaître ce que l’on mérite. Reconnaître que rester en lien peut parfois coûter plus cher que partir.
La seule personne qui t’accompagne de ton premier souffle à ton dernier souffle, tout au long de ta vie, c’est toi-même. Et c’est à cette personne-là que tu dois d’abord de la loyauté.
La vie ressemble à un voyage en train. Des personnes montent dans le wagon, d’autres en descendent. Certaines restent longtemps, d’autres seulement quelques stations. Nous n’avons pas toutes et tous la même destination. Et c’est ok. C’est ok que certain·es fassent leur chemin sans toi. C’est ok qu’iels aient de la rancune. C’est ok qu’iels ne comprennent pas. C’est ok qu’iels racontent une autre version de l’histoire. Tu n’as pas à corriger leur regard. Tu n’as pas à prouver quoi que ce soit. Tu n’as pas à être “à la bonne place”.
La vie est faite d’épreuves. On les traverse, on les réussit plus ou moins bien. Certain·es apprennent, d’autres non. Et parfois, la chose la plus saine à faire n’est pas de rester, mais de continuer à avancer, en paix avec soi-même, sans haine, sans revanche, sans combat. Juste en étant fidèle à ce que l’on est devenu·e.