Quand une consultation gynécologique
devient une expérience réparatrice
Il y a des choses qu’on croit normales. Une consultation gynécologique. Un examen du col. Une palpation de la poitrine. Une réponse médicale plus ou moins claire. On s’y rend. On s’installe. On laisse faire. Et pendant longtemps, j’ai pensé que c’était simplement cela, une consultation. Puis un jour, sans que le geste soit fondamentalement différent, l’expérience change.
Une consultation gynécologique techniquement identique… émotionnellement différente
Je n’ai pas toujours vécu des expériences simples en gynécologie. Certaines ont été difficiles. Certaines ont laissé une trace. D’autres ont été correctes. Professionnelles. Sans violence apparente. Mais jamais je n’avais vécu une consultation comme celle-ci. À chaque étape, la sage-femme a demandé : « Je peux ? »
Avant l’examen du col. Avant de poser la main. Avant chaque geste.
Elle a attendu ma réponse. Elle a expliqué ce qu’elle faisait. Elle s’est excusée d’avoir les mains froides.
Cela peut sembler anodin. Mais dans un contexte où le corps féminin est souvent perçu comme un territoire médical, ce simple « je peux ? » redonne quelque chose d’essentiel : Le pouvoir. Mon col n’était pas un objet d’examen. Il redevenait mon col.
Consentement en gynécologie : une culture en évolution
Beaucoup de consultations gynécologiques sont médicalement correctes. Mais la culture du consentement explicite est encore en évolution. On observe parfois :
des gestes réalisés sans prévenir,
des examens effectués dans le silence,
un rythme imposé,
un consentement supposé plutôt que demandé.
Ce ne sont pas toujours des violences spectaculaires. Ce sont parfois des micro-décalages. Et le système nerveux, lui, ne fait pas la différence entre “techniquement correct” et “émotionnellement sécurisant”. Le corps se contracte. La respiration monte. On attend que cela passe. Ce matin-là, je n’attendais pas que cela passe. Je participais.
Quand la réponse médicale n’existe pas
Au cours de cette consultation, j’ai posé une question. Une vraie question. Le genre de question pour laquelle on espère une solution claire. Elle m’a répondu d’emblée :
« Je n’aurai probablement pas la solution parfaite à votre problème. »
Elle a posé les limites. Et cela aurait pu s’arrêter là. Parce qu’en médecine, en gynécologie notamment, il existe de nombreuses situations où les réponses sont partielles... Douleurs chroniques. Troubles hormonaux. Endométriose. Cycles irréguliers. Symptômes complexes. Les solutions ne sont pas toujours évidentes. Mais elle ne s’est pas arrêtée au « je ne sais pas ». Elle a réfléchi à voix haute. Elle a exploré des pistes. Elle a proposé des alternatives. Elle a envisagé des ajustements possibles. Elle m’a encouragée à revenir si nécessaire. Elle n’avait pas LA réponse. Mais elle est restée engagée dans la recherche.
Deux manières de dire « je ne sais pas »
Il y a des années, j’ai déjà entendu cette phrase : « Je ne sais pas. » Et la consultation s’était arrêtée là. Pas de recherche. Pas d’ouverture. Pas de tentative d’exploration.
Je suis repartie avec un point d’interrogation. Ce n’est pas l’ignorance qui est insécurisante. C’est l’arrêt du mouvement. Aujourd’hui, je réalise que la sécurité médicale ne repose pas sur l’omniscience. Elle repose sur la posture. Un·e professionnel·le de santé qui dit : « Je ne sais pas encore, mais on va chercher. » crée infiniment plus de confiance qu’un « je ne sais pas » définitif.
Ce qui m’a touchée, au fond
Ce n’est pas uniquement la douceur. Ce n’est pas uniquement le consentement. Ce n’est pas uniquement l’engagement dans la recherche. C’est l’ensemble. Un soin où :
le corps reste un territoire personnel,
le consentement est explicite,
les limites sont reconnues,
la recherche continue,
la personne reste actrice.
Je n’ai pas vécu de violence avec tous les professionnels qui m’ont suivie. Mais je viens de comprendre qu’il existe un niveau supérieur de sécurité. Et parfois, ce ne sont pas les grandes réponses qui réparent. Ce sont les petites phrases : « Je peux ? » « Je n’ai peut-être pas la solution parfaite, mais on va réfléchir ensemble. » Et cela change profondément l’expérience d’une consultation gynécologique.