Le 8 mars n’est pas une fête :
redonner son sens à la Journée internationale des droits des femmes
Chaque année, le 8 mars s’accompagne d’une multitude d’initiatives : publications sur les réseaux sociaux, événements autour du féminin, promotions commerciales ou ateliers de développement personnel destinés aux femmes.
Pourtant, la Journée internationale des droits des femmes n’a jamais été conçue comme une fête. Cette journée trouve son origine dans les luttes pour l’égalité femmes hommes, dans les revendications pour les droits civiques, dans les mobilisations pour de meilleures conditions de travail et dans la volonté de rendre visibles les inégalités entre les genres.
Comprendre le sens de cette journée permet aussi de mieux saisir certaines confusions qui apparaissent aujourd’hui autour du 8 mars.
Pourquoi le 8 mars est souvent perçu comme une fête des femmes
Dans l’imaginaire collectif, le 8 mars est parfois présenté comme une “fête des femmes”. Certaines entreprises offrent des fleurs, des événements sont organisés pour “mettre les femmes à l’honneur”, et les réseaux sociaux se remplissent de messages célébrant le féminin.
Cette évolution part souvent d’une intention positive : reconnaître la place des femmes dans la société. Mais elle produit un glissement symbolique. En transformant une journée de revendication des droits en une journée de célébration du féminin, on risque de faire disparaître les enjeux réels liés à l’égalité entre les femmes et les hommes.
Or les inégalités persistent encore aujourd’hui dans de nombreux domaines : écarts de salaire, violences sexistes et sexuelles, charge mentale, représentation politique ou normes sociales liées au corps et à la sexualité.
L’origine politique de la Journée internationale des droits des femmes
Le 8 mars trouve son origine dans les mouvements sociaux du début du XXᵉ siècle. À cette époque, les femmes se mobilisent pour obtenir des droits fondamentaux : le droit de vote, l’accès au travail dans des conditions équitables, ou encore une reconnaissance politique.
Au fil du temps, cette journée devient un symbole international des luttes pour l’égalité.
Elle est aujourd’hui reconnue officiellement par l’Organisation des Nations unies comme une journée consacrée aux droits des femmes et à la sensibilisation aux inégalités persistantes. L’objectif n’était donc pas de célébrer une identité particulière, mais de rappeler que les droits des femmes ont été obtenus grâce à des mobilisations collectives.
Quand la célébration du féminin remplace la question des droits
Dans certains milieux du bien-être ou du développement personnel, le 8 mars est devenu l’occasion de célébrer le “féminin sacré”, l’énergie féminine ou la puissance du féminin. Ces approches peuvent offrir des espaces d’écoute et de partage qui ont leur valeur.
Mais elles peuvent aussi déplacer le sujet.
Car les droits des femmes n’ont jamais été obtenus parce que les femmes incarneraient une essence particulière. Ils ont été obtenus parce que des personnes ont revendiqué l’égalité des droits entre les êtres humains.
Réduire cette journée à une célébration du féminin peut donc parfois masquer la question centrale : celle de l’équité entre les genres.
Les droits des femmes passent aussi par le corps et la sexualité
Les droits des femmes ne concernent pas seulement la sphère politique ou économique. Ils touchent également à la relation au corps, au consentement et à la sexualité.
Pendant longtemps, la sexualité féminine a été entourée de normes, de tabous et d’attentes sociales très fortes.
Aujourd’hui encore, de nombreuses personnes doivent réapprendre à écouter leurs limites, leurs besoins et leurs désirs. Les questions de consentement, d’autonomie corporelle, de respect dans les relations ou de liberté sexuelle font partie intégrante des réflexions sur l’égalité.
Dans ce domaine, l’éducation à la sexualité, la sexothérapie et les approches psychocorporelles peuvent jouer un rôle important pour accompagner les personnes vers une relation plus libre et plus respectueuse à leur propre corps.
Égalité femmes hommes : sortir de la guerre des genres
Les débats autour des droits des femmes sont parfois présentés comme une opposition entre les genres. Pourtant, la recherche d’égalité ne devrait pas être perçue comme une guerre entre femmes et hommes. Les normes de genre peuvent peser sur chacun. Certaines femmes peuvent subir des attentes liées au corps, à la maternité ou à la sexualité.
Certains hommes peuvent être confrontés à des injonctions liées à la performance, à la réussite ou à l’expression des émotions.
Construire une société plus équitable consiste donc à interroger ces normes et à permettre à chacun de vivre son identité, ses relations et sa sexualité avec davantage de liberté.
Pourquoi je ne fais pas d’événement spécial le 8 mars
Personnellement, je ne ressens pas le besoin de proposer un événement particulier pour le 8 mars. Les sujets liés au bien-être, au développement personnel, à la relation au corps ou à l’équilibre émotionnel des femmes, et plus largement des êtres humains, méritent d’être abordés tout au long de l’année.
Le respect de soi, la liberté dans les relations, l’écoute du corps et le travail autour de la sexualité ne devraient pas dépendre d’une date spécifique. Pour cette raison, je préfère utiliser cette journée comme un moment de réflexion. Un moment pour observer où nous en sommes réellement dans la lutte pour l’équité entre les genres.
Et le constat reste souvent préoccupant. Les violences sexistes et sexuelles persistent. Les inégalités économiques demeurent. Les normes sociales continuent d’influencer profondément la manière dont chacun peut vivre son corps, ses relations et sa sexualité.
Continuer à parler d’égalité, de consentement et de respect toute l’année
Le 8 mars peut rester un moment important pour rappeler que les droits ne sont jamais définitivement acquis. Mais l’égalité, le respect et la liberté dans les relations ne devraient pas être limités à une seule journée symbolique. Ces sujets méritent d’être abordés chaque jour, dans les conversations, dans l’éducation, dans les relations et dans l’accompagnement des personnes. Car au-delà des débats sur les genres, une idée simple demeure :
Chaque être humain mérite de pouvoir vivre son corps, sa sexualité et ses relations dans un cadre de respect, de consentement et de liberté.
Et cette recherche d’équité ne se joue pas uniquement dans les lois ou les discours publics. Elle se joue aussi dans nos relations quotidiennes, dans la manière dont nous apprenons à communiquer, à poser des limites, à respecter celles des autres et à construire des liens plus sains.
C’est peut-être là que commence le véritable changement : dans les conversations que l’on ose avoir, dans les prises de conscience individuelles, et dans l’accompagnement des personnes qui souhaitent mieux comprendre leur rapport au corps, aux relations et au consentement.
Parce que l’égalité ne se construit pas seulement dans les grandes mobilisations collectives. Elle se construit aussi, pas à pas, dans la manière dont chacun apprend à vivre et à respecter l’humanité de l’autre.