Respect des limites : quand le fantasme prend le pas sur la personne

Rencontrer quelqu’un : désir ou projection ?

Que ce soit sur une application de rencontre, dans un club libertin ou simplement dans la vie réelle, une dynamique revient souvent :

On fantasme une situation.
On imagine une scène.
On projette un scénario.

Mais on oublie parfois une chose essentielle : La personne en face n’est pas un rôle dans notre imaginaire. C’est un sujet avec ses limites, son orientation, ses choix. Et ces limites ne sont pas négociables.

Orientation sexuelle : ce n’est pas une suggestion

Sur les applications de rencontre, les choses semblent pourtant claires. Lorsque le premier mot d’un profil est “lesbienne”, cela signifie :
je relationne avec des femmes.

Et pourtant, la question revient : “Tu ne relationnes qu’avec des femmes ?” “Tu ne pourrais pas faire un effort ?” “Ce serait juste une expérience…”

Ce type de réponse révèle un mécanisme profond : la projection du fantasme personnel sur l’autre. On ne rencontre plus une personne. On tente d’adapter une personne à son scénario. Or, une orientation sexuelle n’est pas un paramètre ajustable. Ce n’est pas un défi. Ce n’est pas une frontière souple. C’est une réalité identitaire.

Le “faire un effort” : une violence douce

Dans le travail en sexothérapie, je parle souvent de “violence douce”. Ce ne sont pas des agressions frontales. Ce sont des micro-invalidations :

Derrière ces phrases, il y a une idée implicite : ton orientation pourrait s’adapter à mon désir. Et cela pose une question fondamentale de consentement. Le consentement n’est pas seulement dire oui ou non à un acte. C’est le droit de ne pas correspondre à l’attente de l’autre.

Libertinage et fantasmes collectifs

Dans certains espaces libertins, un autre paradoxe apparaît. Une femme lesbienne participe à une soirée thématique. On lui demande ce qu’elle vient faire là puisqu’elle ne couche pas avec des hommes. Sous-entendu : sa présence serait incohérente. Mais pourquoi ? Un espace libertin est-il réservé à certaines orientations ? La liberté sexuelle serait-elle conditionnée par la disponibilité hétérosexuelle ? Ces situations montrent à quel point les fantasmes collectifs peuvent invisibiliser certaines identités.

Le fantasme n’est pas un contrat

Nous avons tous des fantasmes. C’est sain. Mais un fantasme devient problématique lorsqu’il transforme l’autre en moyen de réalisation. Rencontrer quelqu’un, ce n’est pas chercher une pièce manquante pour compléter son scénario. C’est entrer en relation avec une personne entière. Cela implique :

Pourquoi les limites dérangent-elles ?

Les limites frustrent. Elles empêchent. Elles rappellent que l’autre est autonome. Dans les rencontres, qu’elles soient libertines, amoureuses ou occasionnelles, certaines personnes ont du mal à intégrer que :

Respecter les limites demande une maturité relationnelle.

L’impact psychique des projections répétées

Être régulièrement confrontée à des tentatives de négociation de son orientation ou de ses standards peut produire :

À force, on ne rencontre plus avec ouverture. On rencontre en défense. Or, la sécurité émotionnelle est essentielle dans toute dynamique intime.

Consentement mature : au-delà du “oui”

Un consentement mature implique :

Le respect des limites est un marqueur de maturité émotionnelle.

Rencontrer, ce n’est pas recruter

Que ce soit dans un club libertin, sur une application de rencontre ou dans la vie quotidienne, la rencontre ne devrait jamais être une tentative d’adaptation forcée. On ne rencontre pas pour transformer l’autre. On rencontre pour découvrir s’il y a compatibilité. Et parfois, il n’y en a pas. Respecter cela, c’est déjà faire preuve de liberté.

📍 Sexothérapie inclusive – Héricourt
Consentement – Relations non normées – Respect des limites
J’accompagne des personnes venant de Héricourt, Belfort, Montbéliard et du Jura Suisse.