Mariage, consentement et ego :
ce que disent vraiment les lois et les réactions de la société
Quand une loi révèle plus que le droit
La récente clarification juridique affirmant que le mariage ne crée aucune obligation sexuelle entre les époux·ses a provoqué une vague de réactions émotionnelles, parfois violentes, sur les réseaux sociaux. Bien au-delà du débat juridique, ces commentaires révèlent des tensions profondes autour du couple, du consentement, de la valeur personnelle et de l’ego.
En tant que thérapeute psychocorporelle intégrative, j’observe que ce débat agit comme un miroir : il ne parle pas uniquement de lois, mais de blessures, de peurs et de représentations archaïques du lien amoureux.
Ce que dit réellement la loi sur le mariage et le consentement
Contrairement à certaines croyances persistantes, le droit français rappelle aujourd’hui explicitement un principe fondamental : le mariage ne crée aucune obligation sexuelle. Cette précision vise à empêcher toute interprétation du "devoir conjugal" comme une contrainte sur le corps de l’autre.
Deux personnes mariées restent deux individus distincts, chacun·e disposant de son corps, de sa volonté et de son consentement. Le cadre légal ne fait ici que formaliser ce qui devrait être une évidence relationnelle : sans consentement libre et éclairé, il n’y a pas de relation sexuelle légitime.
Les réactions sociales : quand l’ego se sent menacé
Les commentaires sous les publications liées à cette loi sont révélateurs. Beaucoup expriment un sentiment de dépossession, d’injustice, voire de peur. On y lit souvent l’idée suivante : « Si mon ou ma partenaire ne veut pas, alors c’est qu’il ou elle ne m’aime plus », ou pire, « c’est une attaque contre ma valeur ».
Cette confusion est centrale. Refuser un rapport sexuel ne signifie pas rejeter l’autre dans son identité ou sa valeur. Cela signifie simplement :
je ne souhaite pas, ici et maintenant.
Mais lorsque l’ego prend toute la place, le refus est vécu comme une humiliation, une menace ou une perte de pouvoir.
Désir, consentement et valeur personnelle : trois notions distinctes
Il est essentiel de distinguer :
le désir (fluctuant, contextuel, vivant),
le consentement (nécessaire, explicite ou implicite, toujours révocable),
la valeur personnelle (intrinsèque, indépendante du désir de l’autre).
Confondre ces trois dimensions conduit à des relations déséquilibrées, où le corps devient une preuve d’amour ou un outil de validation narcissique.
Le désir ne se commande pas. Le consentement ne se négocie pas. Et la valeur d’une personne ne dépend jamais de l’accès que l’autre a à son corps.
Couple, sexualité et projections émotionnelles
Dans de nombreux couples, la sexualité est encore investie comme un langage unique de reconnaissance :
« Si tu me désires, c’est que je compte. »
Cette croyance crée une pression immense, des deux côtés. Elle empêche d’entendre un non sans le transformer en jugement, et rend toute baisse de désir catastrophique.
Or, une relation adulte et sécurisée repose sur la capacité à accueillir les variations du désir sans y projeter une remise en cause du lien.
Désir féminin, hormones et charge mentale : resituer le débat
Un point revient massivement dans les commentaires : « ma femme n’a jamais envie ». Cette phrase, souvent chargée de frustration, repose pourtant sur une lecture très réductrice du désir féminin.
Contrairement aux hommes, le désir des femmes est fortement influencé par des variations hormonales importantes tout au long de la vie : cycle menstruel, grossesse, post-partum, allaitement, contraception hormonale, périménopause, ménopause, stress chronique… Ces variations peuvent amplifier le désir comme le diminuer, parfois de façon brutale et imprévisible.
Cela ne signifie pas que les femmes « aiment moins le sexe ». Cela signifie que leur corps fonctionne différemment, et que le désir n’est ni linéaire ni constant.
À cela s’ajoute un facteur majeur trop souvent ignoré : la charge mentale. Gestion du quotidien, anticipation permanente, responsabilité émotionnelle, organisation familiale, travail professionnel… Lorsque l’esprit est saturé, le corps suit. Le désir ne peut pas émerger durablement dans un état de fatigue psychique continue.
Dans de nombreux couples, ce n’est donc pas l’amour qui manque, mais l’espace intérieur pour désirer.
Cette loi permet précisément de déplacer le regard : passer de « elle n’a pas envie donc elle ne m’aime pas » à des questions plus ajustées.
Et si ce refus parlait d’un épuisement hormonal ?
Et si le désir était impacté par une surcharge mentale chronique ?
Et si le problème n’était pas le lien, mais le contexte dans lequel il tente d’exister ?
Resituer le débat ainsi permet de sortir de la menace narcissique pour entrer dans une compréhension plus fine, plus humaine et plus responsable de la sexualité au sein du couple.
Ce que cette loi protège vraiment
Cette clarification légale ne vise pas à opposer les genres, ni à nier les souffrances conjugales, ni à déséquilibrer les relations. Elle protège un principe simple : personne n’a de droit d’accès automatique au corps de l’autre.
Elle rappelle que le dialogue, le respect des limites et la responsabilité émotionnelle sont les véritables piliers du couple, bien plus que toute obligation implicite.
Sortir des rapports de force pour entrer dans la maturité relationnelle
Lorsque le couple devient un lieu de revendication (« j’y ai droit ») plutôt qu’un espace de rencontre (« j’ai envie »), quelque chose se rigidifie. L’amour, le désir et la sécurité ne se construisent pas sur la contrainte.
Accepter que l’autre puisse dire non sans que cela ne parle de notre valeur, c’est un pas majeur vers une relation plus mature, plus libre et plus respectueuse.
Ce débat n’est pas une guerre des genres : une question de points de vue
Il est essentiel de le dire clairement : il ne s’agit pas d’hommes « méchants » face à des femmes « victimes », ni d’un affrontement entre les genres. La plupart des incompréhensions autour du désir naissent non pas de la mauvaise volonté, mais d’un décalage d’expérience vécue.
Cette prise de conscience apparaît très clairement lorsqu’on observe les relations entre femmes. Dans un couple lesbien, les fluctuations de désir existent tout autant : variations hormonales, fatigue, charge mentale, stress, périodes de creux ou de regain. Et pourtant, elles sont généralement mieux comprises, moins vécues comme un rejet personnel.
Pourquoi ? Parce que les deux partenaires partagent, au moins en partie, une réalité corporelle et hormonale similaire. Elles savent, de l’intérieur, ce que signifie ne pas avoir envie sans que cela ne remette en cause l’amour, l’attachement ou la qualité du lien.
Dans une relation entre un homme et une femme, ce décalage est plus marqué. Non pas parce que l’homme serait insensible, égoïste ou dominant par nature, mais parce qu’il ne vit pas ces variations de la même manière dans son propre corps. Il regarde donc la situation depuis un autre angle.
Ce décalage de point de vue peut générer des malentendus profonds : là où la femme vit un épuisement hormonal ou mental, l’homme peut entendre un désamour, une mise à distance ou une remise en cause de sa valeur.
Comprendre cela permet de sortir d’une lecture morale (« qui a tort, qui a raison ») pour entrer dans une lecture relationnelle : deux vécus différents, deux réalités corporelles différentes, mais un même enjeu de compréhension mutuelle.
Cette loi ne pointe pas du doigt les hommes. Elle invite à changer de regard, à reconnaître ces différences d’expérience, et à construire le dialogue non plus sur des attentes implicites, mais sur une meilleure compréhension de ce que chacun traverse.
Une invitation à changer de regard
Cette loi ne détruit pas le couple. Elle invite à le repenser.
À sortir d’une vision fusionnelle et possessive pour entrer dans une relation entre deux sujets autonomes. À apaiser l’ego pour laisser place à l’écoute. Et à comprendre que le respect du consentement n’est pas l’ennemi du lien, mais sa condition.
Le véritable enjeu n’est pas juridique. Il est profondément relationnel.